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Publié par Lolo Leblog

                                                     LE CIRCUIT ORDINAIRE

 

                                                LE CIRCUIT ORDINAIRE

           Une pièce de Jean-Claude Carrière vue en avant-première au Girasole le 20 juin

                                   Festival OFF 2026 du 3 au 25 juillet à 13h35

                                                        (relâche les mercredis)

                                    Le jeu du pouvoir et ses mécanismes pervers

Jean-Claude Carrière écrit  cette pièce Le Circuit Ordinaire en 2002. Il y explore avec finesse et perspicacité les effets et les rouages du pouvoir. Toute ressemblance avec l'actualité politique est fortuite.

La scénographie privilégie un espace banal, impersonnel, qui semble être un lieu public à l'ordinaire.

En fond plateau, à Cour, s'impose un comptoir surmonté d'un large miroir. Une table de bar ronde

 et une chaise trônent en commande à l'avant-scène.

Côté Jardin, deux tables carrées réunies pour l'occasion, font office de bureau.

En fond plateau, au centre, une table de bar.

Derrière les stores en projection, apparaît un paysage urbain des plus banals, et désert.

En somme, l'action va se dérouler dans une sorte de no man's land, dans le secret des rouages du pouvoir, de la plus petite échelle, en l'occurrence cette situation, à la plus élaborée.

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La pièce débute par un long silence beckettien. La comédienne, balai à la main dans cette salle de bar de nulle part, troque précipitamment ses savates contre des escarpins noirs des plus classiques, et couvre sa tenue de ville d'une blouse bleu ciel ceinturée à la taille. Sa coiffure est stricte, un carré blond clair avec une frange épaisse. Pas un cheveu rebelle ! Elle se taira durant toute la pièce, mais sa présence en dit long sur son rôle.

Du jukebox situé en fond plateau à Jardin, elle enclenche une musique magistrale aux airs de marche militaire russe. Puis elle dépose un micro au milieu d'un gros bouquet de fleur qui est censé décorer la table de bar du fond.

Les codes sont posés. La scène se passe en ex URSS.

Régime totalitaire sous Staline qui, de 1924 à 1928 élimine ses opposants, et instaure sa dictature de 1928 à 1953. Joseph Staline, hypertendu et paranoïaque, aura fait de sa paranoïa un instrument de pouvoir. La surveillance des individus et la délation y sont encouragées et organisées afin de servir ce pouvoir autoritaire. C'est seulement avec Mikhaïl Gorbatchev, de 1985 à 1991, que le régime subira de profondes réformes économiques et sociales. Cette période est appelée La Perestroïka (La Reconstruction).

 

Dans l'écriture de sa pièce, Jean-Claude Carrière nous installe dans la période dure, celle des agents délateurs.

Sur le plateau, deux comédiens de talent, Yann Collette et Stéphane Bierry, avec la participation remarquable de Prisca Lona. Le public assiste à un interrogatoire captivant, tel un voyeur, comme l'aurait fait remarquer Jean Genet. La scène se déroule comme une partie de ping-pong. Le pouvoir bascule de l'un à l'autre au fil de cette convocation du délateur anonyme par le commissaire d'Etat.

« Une dénonciation, ça se rédige, ça s'écrit, et chaque mot peut être un piège. »

Et piège il y a !

Dans cette mise en scène d'Alexandre Tchobanoff, la rigueur du geste, la précision du langage corporel, créant souvent l'effet comique qui n'échappe pas au public, participe du rapport de pouvoir entre ces deux hommes, l'un convoquant, l'autre convoqué. Le corps et le langage verbal se répondent, interagissent, se complètent en écho. Le corps fonctionne en l'occurrence comme un langage paraverbal. Tout comme le préconisait Samuel Beckett, et bien avant lui Vsevolod Meyerhold. Acteur et metteur en scène, Meyerhold a mis l'accent sur la physicalité du travail d'acteur. Son approchebiomécanique du théâtre propose une sorte de chorégraphie dans l'évolution du personnage.

 Et c'est tout à fait l'option prise par Alexandre Tchobanoff. Né en Bulgarie, il a été formé à l'Ecole Nationale de Danse de Sofia de 1967 à 1972. De même l'Académie Nationale de Théâtre de Sofia l'a accueilli dans la section mise en scène. Sa fonction à l'Opéra Roussé en Bulgarie, sera triple : danseur, chorégraphe et metteur en scène. En 1989, il part à Londres, puis à Paris où il est boursier du gouvernement français à l'Opéra Garnier en mise en scène et chorégraphie. Pour la petite histoire, lorsqu'il se présente à l'Opéra Garnier, c'est Rudolf Noureev en personne qui lui ouvre la porte.

Le jeu magistral de Yann Collette et Stéphane Bierry, ainsi que la précision de la mise en scène, font de cette pièce une création tout aussi magistrale !

Le dernier tableau est saisissant d'esthétisme et de symbolique, porté par la comédienne Prisca Lona.

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A propos de...

Jean-Claude Carrière : né le 17 septembre 1931 et mort le 8 février 2021.

Scénariste, écrivain, parolier, dramaturge, acteur et metteur en scène.

Scénariste pour Bunuel, Forman et Louis Malle.

Auteur notamment du « Cercle des menteurs ».

En 1979 Peter Brooks met en scène le récit théâtral de J-C Carrière « La conférence des oiseaux », inspiré du poème de Farid Attar.

En 1985, pour le Festival d'Avignon, J-C Carrière et Peter Brooks adaptent au théâtre le Mahabharata.

 

Yann Collette : né à Cannes le 14 avril 1956.

Acteur de théâtre, de cinéma, de télévision.

Après un passage au Cours Simon, il étudie l'art dramatique à l'Ecole de la Rue Blanche à Paris.

Pensionnaire à la Comédie Française (2006-2007)

 

Stéphane Bierry : né le 19 novembre 1963 à Paris.

Acteur, danseur, metteur en scène.

Il a été formé au Conservatoire National Supérieur d'art dramatique.

En 1991 il reçoit le Prix Gérard Philipe.

 

Prisca Lona :

Comédienne complète, formée en chant et danse.

Elle a suivi sa formation au Cours Cochet-Delavène, puis à l'Ecole Professionnelle de Comédie Musicale.

 

Les parcours respectifs des artistes servent la mise en scène, toute en précision et symbolique, d'Alexandre Tchobanoff.

             LE CIRCUIT ORDINAIRE à voir du 3 au 25 juillet 2026 au GIRASOLE à 13h35

 

Marguerite Romeuf

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